Inscription et demande de logement

Jean-Guy Dutil

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Entrevue avec Jean-Guy Dutil

« Je suis une des personnes des débuts de Bâtir son quartier. Fin des années 70, un professeur d’architecture est venu me voir, à la clinique communautaire – je travaillais à la clinique communautaire à l’époque – pour me demander si ses étudiants pouvaient venir mener des travaux de rénovation. Pendant un an. Ils voulaient mener des travaux d’architecture et de rénovation dans une partie du bâtiment. À cette époque il y avait un jeune architecte : Guy Gigère. Lui et d’autres ont participé à la création de Bâtir son quartier. Ils voulaient acheter des vieilles maisons et les rénover. »

« Fin des années 50/60, j’ai participé à la coopérative Charlemagne. A cette époque, l’objectif était de créer 500 logements à la Pointe (Pointe-St-Charles). Avec Charles Guindon (agent au développement chez Bâtir son quartier actuellement) nous avons aussi développé la coopérative Bois Vert. On était locataires, il y avait 29 logements, le propriétaire vendait. On est allés demander aux gens s’ils voulaient embarquer (pour monter une coopérative). »

« J’ai beaucoup participé au développement des projets. A l’époque la Ville voulait « forcer » les petits propriétaires à rénover leurs logements. Certains étaient pris à la gorge. Il y a eu une grosse mobilisation à la Pointe. « Oui à la rénovation mais on reste dans le quartier ! » On ne voulait pas se ramasser à rénover puis ensuite tout détruire comme dans Petite-Bourgogne ».

« À Pointe-St-Charles, c’est vraiment mixte, il y a du logement social et du logement privé. Tout le monde est mélangé ! On était chanceux, c’était un quartier avec un fort développement social, avec des luttes et des revendications, au niveau de la santé, du scolaire, du juridique, etc. et avec les citoyens. On préparait les citoyens à fonctionner ensemble ».

« Je m’inquiète pour le futur, j’ai entendu dire ce matin à la radio que Accèslogis allait disparaitre (date de l’entrevue : 22 janvier 2015, annonce de restrictions dans le programme gouvernemental AccèsLogis) et donc les logements abordables avec. »

« Depuis les années 60, on a une population pour qui « c’est acquis ». Les jeunes comme les aînés, oublient de « faire ». Il y a toujours quelqu’un d’autre qui s’en occupe. Autre que soi. On laisse les autres, faire. Est-ce que ça ne va pas être plus compliqué pour Bâtir son quartier, le CA, etc. Tu as des formations, tu as les assemblées générales, etc.
« Nous, à Cité des Bâtisseurs, le CA dont j’ai fait partie, avait de l’expérience, était solide, on était des militants. Et on a tout fait pour répondre à nos besoins. Par ex. un monsieur avait sa mère malade et il lui rendait souvent visite mais il n’y avait pas assez de place pour dîner. Alors dans l’immeuble, on a voulu des salons pour dîner (il désigne le salon d’étage où nous sommes installés qui est meublé avec des fauteuils, une table et des chaises). Les fenêtres au ras du sol (il désigne les baies vitrées qui descendent jusqu’au sol) c’est pour voir quand tu es dans ton lit, quand tu es malade. On a rencontré la Ville pour se battre, pour avoir les salons, les salles, etc. la Ville trouvait qu’on avait trop de demandes ! »

« Le clé en main (les projets de logement « clé en main », où tu n’as pas le droit de regard, c’est pas facile. Des personnes d’un projet clé en main sont venues visiter Cité des Bâtisseurs. Ils étaient mal équipés pour partir avec un format clé en main. »

« Ce qui me touche dans l’habitation communautaire, c’est que toutes ces personnes puissent avoir le plus beau logement, quel que soit leur revenu, pour la fin de leur vie. Elles sont dans un logement neuf ! Pas rénové! »

Les gens s’adaptent tout le temps : par exemple, je me souviens d’une dame qui est rentré dans son nouveau logement ici. Il y avait une déficience, une pièce manquait dans sa fenêtre. Elle avait froid. Elle avait donc mis des couvertes en bas de la fenêtre mais n’avait rien dit. Jusqu’à ce que l’on s’en aperçoive ! On a traité la déficience et changé ce qui fallait être changé. Mais la dame n’a rien dit, elle s’est adaptée et elle a mis des couvertes !

« Je pense à une dame ici qui est ravie de son logement. Elle dit à tout le monde qu’elle habite comme dans un condo et qu’elle descend à la salle manger pour dîner, comme à l’hôtel ! » (Rires) !

« Ça a été un plus pour moi de venir ici. Ici c’est notre base, c’est la sécurité ».